L’adoption industrielle du Blockchain, un chemin parsemé d’embûches

Les années 70 nous ont offert le mainframe, les années 80 ont amené le PC et les années 90 Internet ; les années 2000 ont vu apparaître le Web social/mobile (même si tout le monde ne considère pas ceci comme un progrès) et les années 2010 le bitcoin et le blockchain. Mais qu’est-ce au juste que le blockchain ? Et comment se fait-il qu’en dépit de son énorme potentiel, son adoption industrielle (en Belgique) tarde à se manifester ?

Le concept de « blockchain » doit son nom à sa structure technique : il s’agit d’une chaîne de blocs liés entre eux par un hachage cryptographique. Chaque bloc représente une structure de données, qui enregistre une liste des transactions créées et échangées par des homologues du réseau de blockchain. En tant que telles, les transactions peuvent échanger des montants monétaires (p. ex. des cryptodevises comme le bitcoin) ou n'importe quelle autre information (p. ex. relevés de capteurs, certificats, données de produits) qui doit être partagée entre plusieurs homologues. En outre, elles peuvent exécuter du code arbitraire au sein de « contrats intelligents » (p. ex. déclencher un paiement lorsque l'électricité est fournie ; acheter automatiquement lorsqu’un prix convenu est atteint).

Un blockchain est un registre numérique distribué qui est décentralisé entre plusieurs lecteurs, rédacteurs et observateurs, ce qui le rend très sûr par nature. Nous entendons par là que la sécurité est précisément prise en charge grâce à son mécanisme de confiance partagée. Comme les transactions sont enregistrées parmi de nombreux homologues, l’enregistrement ne peut pas être modifié sans la modification de tous les blocs suivants (au vu et au su de tout le monde). Les homologues peuvent ainsi vérifier et auditer les transactions exonérées par un « consensus distribué », car ils peuvent tous voir l’état du blockchain (voir problème des généraux byzantins).

En tant que tel, l’emploi du blockchain est recommandé dans des situations où plusieurs entités qui ne s’approuvent pas mutuellement veulent interagir sans toutefois approuver un tiers de confiance centralisé en ligne.

Avantages

Ses avantages sont nombreux : sécurité (par nature), décentralisation (pas besoin d’un tiers de confiance), vérifiabilité publique de l’exactitude des interactions, transparence des processus, intégrité de l'information, redondance des données. Un problème mineur réside dans sa confidentialité restreinte à cause de la transparence ; elle peut être améliorée par le recours à des techniques de cryptographie.

Le blockchain ne se limite pas à l’univers de la finance. Il peut s’appliquer dans un large éventail d’applications, comme la logistique (suivi des marchandises), les contrats intelligents (énergie, licences), la gestion de la chaîne logistique (provenance des produits), les ressources humaines (certifications), le stockage distribué en cloud, la propriété intelligente, l’Internet des objets, les soins de santé, la distribution de propriété et de royalties, les organisations autonomes décentralisées, la preuve de propriété et le vote électronique (immuable).

Bref, par ses caractéristiques et la multiplicité de ses champs d’application, le blockchain est une innovation technologique qui offre de nouveaux moyens d'interaction. Il s’agit donc littéralement de la meilleure chose qui puisse révolutionner Internet. En tant que tel, il peut être considéré comme une nouvelle couche qui s'y superpose, où chaque frappe est une transaction, chaque correspondance, chaque « J’aime » sur Facebook, l’inscription à un événement, etc.    

Alors, comment se fait-il qu’en dépit de son énorme potentiel, son adoption industrielle (en Belgique) tarde à se manifester ?

Quels éléments ne sont pas vraiment des obstacles ?

  • La technologie. Bien qu’il existe incontestablement des obstacles, comme des implications techniques ou sur le plan de la sécurité, de la confidentialité et de la facilité d'utilisation (interface entre physique et numérique), un grand nombre d’outils et de solutions prêtes à l’emploi sont disponibles. Leurs niveaux de maturité sont variables. Citons par exemple Bitcoin, Ethereum, Zerocash, Hyperledger, Corda ou EOS.     

  • Le savoir-faire. Le blockchain étant la nouvelle tendance à la mode et possédant un fort potentiel de croissance, ce domaine ne manque pas de savoir-faire. Bien que le potentiel réel de cette technologie n’en est encore qu’à ses balbutiements, on observe une multiplication des groupes d’étude, des publications, des ateliers, des réunions, des centres d’innovation, des blocs (y compris le nôtre), des conférences, des formations en ligne, des exposés... Tout le monde est un expert

Qu’avons-nous identifié comme principaux obstacles à l’adoption ?

Le mécanisme de confiance distribuée du blockchain possède un énorme potentiel, car il peut être utilisé comme un système de confiance fiable dans de nombreuses applications.

Par nature, le blockchain ne se borne pas à représenter une nouvelle technologie révolutionnaire. Ce qui est plus intéressant, c’est qu’il influence fondamentalement la gestion de produit, l’organisation et les activités d’une entreprise. L’adoption du blockchain exige donc un changement d’attitude radical en termes de planification des ressources, de savoir-faire des équipes, ou encore de réseaux de partenariat.

  • Gestion de produit. L’idée d’un registre distribué entre de multiples entités influence la façon dont les données de produit sont traitées. L’enregistrement de ces données dans le blockchain pourrait poser des problèmes de confidentialité (volume de production, type, temps) en raison de la transparence de ce dernier vis-à-vis de votre réseau de partenaires. Ce problème peut être résolu par l’introduction de blockchains autorisés, où un mécanisme de centralisation se charge d’attribuer des rôles spécifiques aux entités coopérantes. Ceci dit, le passage d’un blockchain « sans autorisations » à un blockchain « autorisé » est quelque peu en contradiction avec le mécanisme de confiance distribuée public initial, et il réduit la transparence.
    En outre, dans le cas de l’Internet des objets, bien que les données provenant de capteurs soient incontestablement transparentes et vérifiables par de multiples entités, elles ne sont pas nécessairement correctes. Les transactions automatiques reposant sur de telles données courent donc un risque.
    L’exploration approfondie de la façon dont les données de produit sont partagées dans le blockchain constitue donc un défi. Il faut en effet parvenir à un bon compromis entre protection de la vie privée et transparence. 

  • Organisation. Le passage d’une gestion de produit centralisée à une approche décentralisée entre diverses entités possédant des rôles et des enjeux différents a de quoi susciter des inquiétudes. Le déploiement d’un blockchain dans un réseau de partenariat exige plus de coordination de la part d’une organisation, car les processus à remplacer peuvent être hautement développés et profondément incorporés dans l’institution, et par nature très hétérogènes.
    Le blockchain, en raison de sa nature, est idéal pour une entreprise. Il permet en effet de consigner les transactions (actions effectuées, performances, planification future), ce qui permet de comprendre son fonctionnement interne et ses relations extérieures. Toutefois, chaque entreprise gère ses propres dossiers privés, qui sont généralement distribués dans les divers départements et fonctions internes.
    Dès lors, il est probable que le collationnement de transactions stockées dans les registres individuels et privés en un réseau décentralisé public s’avère gourmand en ressources et sujet à des erreurs. 

  • Activités. Avec le blockchain, il devient nécessaire de franchir les limites des entreprises et de découvrir une façon ouverte d’interagir avec les partenaires. Il y a lieu de coordonner les activités de nombreux acteurs et d’obtenir l’accord des institutions en matière de normes et de processus. Son adoption exige des évolutions sociales, juridiques et politiques majeures, en plus des obstacles technologiques à surmonter. Dans l'exemple des contrats intelligents, on pourrait remettre en question leur force contraignante.
    En outre, les entreprises reposent sur les contrats. Comment leur automatisation dans un blockchain va-t-elle influer sur les structures commerciales traditionnelles, les processus et les acteurs (avocats, comptables, gestionnaires) ?
    Le blockchain exige donc une modification radicale des rôles internes et la découverte de façons novatrices de gérer une entreprise.

En conclusion, c’est là que Sirris fait la différence. Notre valeur majeure est une étude approfondie de la technologie dans son contexte d'entreprise réel : processus produit globaux, organisation et plan stratégique de l’activité. Cette étude implique de déterminer si un blockchain est vraiment nécessaire, quelle est sa principale valeur ajoutée et comment l’intégrer sans heurts dans le paysage industriel.

Espérons donc que nous pourrons vous offrir 2020 !