Est-ce la fin de l’âge punk du numérique ?

L’avenir nous dira si la période 2010-2016 sera au numérique ce que la période punk a été dans l’histoire de la musique. Le Sturm und Drang qui a caractérisé le punk a touché à sa fin au même moment que les années 70.

On peut incontestablement identifier des parallèles entre les deux mouvements. La musique punk exploitait le savoir-faire en matière d’instruments amplifiés, sur la base de la combinaison guitare / basse / batterie. L’essor des groupes britanniques et américains à partir des années 60 avait démocratisé ces instruments et leurs possibilités. Dans le punk, cette accessibilité a été associée à la fougue de la jeunesse qui, dans le sillage de la crise pétrolière, avait entraîné la création massive de nouveaux groupes.

Ces dernières années, un contexte identique a caractérisé le secteur des start-ups numériques. Les services cloud, les logiciels open source et les outils d’API ont mis les fonctionnalités logicielles à portée de n’importe quel groupe de jeunes programmeurs. Les morceaux punks élémentaires à base de chant, guitare, basse et batterie ont leur équivalent dans le MVP, le « minimum viable product », qui tente d’aboutir à l’essence d’un produit logiciel. Tout comme une bonne version punk restitue l’essentiel d’un morceau, un MVP entend parvenir à une offre limitée, mais efficace. 

La fin d’une époque

La musique punk a succombé aux germes de son propre succès : la maîtrise de base accessible des instruments et l’énergie omniprésente des jeunes chanteurs. Dès le début des années 80, le jeune public s’est remis à la recherche d’une expression plus nuancée de l’énergie musicale. La musique new wave a remplacé le punk dans les faveurs du public, sur la base d’innovations numériques : les synthétiseurs et les effets sonores. Les groupes se sont remis à plancher des heures durant pour trouver le bon son. Quant aux ingénieurs du son, leur importance n’a fait que croître depuis.

L’explosion des start-ups sur la base de leur énergie (juvénile), de la culture des produits MVP et des pièces de Lego numériques (API, OSS et cloud) est elle aussi en train de régresser. En Belgique, le nombre de nouvelles start-ups est retombé en deçà du sommet atteint en 2014 (voir figure). Dans la Silicon Valley, on constate que le montant total investi dans les ventures numériques reste stable, mais que ces investissements sont surtout consacrés aux entités existantes, et aux plus grandes d’entre elles. Les ventures plus mûres attirent plus de capitaux et ne laissent que les miettes aux véritables starters.

Nombre d’entreprises numériques débutantes en Belgique
(Source : Omar Mohout, Sirris)

L’importance croissante du savoir-faire numérique

Quel est l’équivalent numérique de la musique new wave, avec son accent novateur sur les sons synthétiques et les beats électroniques ? Le produit logiciel ou, plus précisément, l’outil, perd de plus en plus son potentiel de différenciation. La différenciation se décale vers l’expérience au fil du temps du service numérique, un service qui doit être réalisé à grande échelle dans une approche personnalisée. Hyperscale et microcare sont les nouveaux éléments qui font la différence dans un contexte commercial numérique. Toutefois, seule une minorité d’équipes de codeurs saura combiner ces deux tactiques contradictoires. Le savoir-faire numérique, la maîtrise simultanée des deux tactiques, est bien moins accessible pour les équipes moyennes que le modèle MVP de la première moitié des années 2010. La concurrence entre ancien et nouveau est toujours d’actualité dans l'univers numérique, mais la lutte sera menée avec des moyens et des savoir-faire différents que par le passé. 

À suivre ! 

(Cet article était également publié sur Bloovi) (en néerlandais)

Si vous voulez en savoir plus sur ces thèmes, consultez http://www.hyperscale-microcare.com/. En automne, les deux auteurs consacreront un livre à cette thématique.

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(Source photo au dessus: Pixabay)