Comment surmonter les obstacles de l’éco-innovation dans le secteur de l’éclairage ?

Les technologies d’éclairage efficaces comme les LED sont aussi confrontées à des problèmes écologiques. Pour soutenir la conception, la production et la diffusion de produits LED à haut rendement, des spécialistes ont analysé les obstacles qui freinent ces éco-innovations et les solutions proposées dans le cadre du projet cycLED. L’analyse a été réalisée en se basant sur des entretiens avec les principaux acteurs du secteur des LED.

Selon l’Agence internationale de l’énergie, la quantité d’électricité consommée par les sources lumineuses correspond à celle produite par les centrales nucléaires du monde entier. Cela représente environ 20% de la consommation électrique au niveau mondial. Aujourd’hui, les technologies de l’éclairage dépassées, comme les lampes à incandescence, sont remplacées par des techniques plus efficaces d’un point de vue écologique et économique, comme les LED. Cependant, même ces dernières entraînent des problèmes écologiques qui doivent être résolus afin que les LED puissent tenir leurs promesses environnementales. 

Différents types d’obstacles

Certains obstacles sont liés aux entreprises elles-mêmes. L’absence d’une vision et d’une stratégie claire en matière d’éco-innovation n’encourage bien entendu pas l’éco-innovation. La nature complexe des technologies LED, qui font appel à des champs de connaissance très variés, peut également freiner l’éco-innovation, notamment lorsque les LED ne sont pas suffisamment modulaires. Dans ce cas, en cas de défaillance d’un composant du produit LED qui ne peut pas être remplacé, comme le circuit d’attaque (driver), c’est tout le produit qu’il faut mettre au rebut. Les entreprises qui veulent passer à des technologies plus efficaces ne disposent pas toujours d’un personnel suffisamment compétent (ingénieurs, vendeurs, etc.) pour assurer cette transition, ou alors leurs employés sont trop occupés par les tâches existantes pour en accepter de nouvelles. Le manque de moyens financiers constitue également un frein important dans le développement de produits LED novateurs, particulièrement pour les PME.

Les autres obstacles que l’on peut trouver en dehors des entreprises sont de nature financière ou sont en rapport avec le marché du travail ou avec les habitudes des consommateurs, avec les politiques et les normes, avec le secteur LED (qui ne soutient pas spécialement l’éco-innovation par exemple) ou avec le contexte économique, politique et écologique au niveau mondial.

Principaux obstacles à l’éco-innovation et recommandations

La recherche a permis aux partenaires du projet d’identifier treize obstacles majeurs à l’éco-innovation des entreprises du secteur des LED. Ces obstacles sont les suivants, classés par ordre décroissant d’importance par les PME du projet cycLED :

  • L’absence de mécanismes de certification pour contrôler les spécifications techniques des produits LED.
  • Le manque de soutien de la part des politiques nationales en faveur de l’éco-innovation et/ou des technologies LED émergentes.
  • La concurrence croissante et déloyale d’entreprises non européennes.
  • Les circuits d’attaque LED, qui tombent en panne prématurément.
  • Le manque de fonds pour soutenir l’éco-innovation dans les PME.
  • Le manque de personnel compétent en matière d’éco-innovation dans les établissements d’enseignement et de formation.
  • Les conflits juridiques entre entreprises du secteur des LED en matière de propriété intellectuelle.
  • Le manque de personnel technique pour développer et diffuser les éco-innovations.

Exemples d’initiatives et de solutions

 

Nous présentons ici plusieurs solutions permettant de surmonter les obstacles évoqués ci-dessus.

L’un des principaux obstacles à surmonter concerne la politique en la matière (« L’absence de mécanismes de certification »), sur laquelle l’Europe ne s’est pas encore penchée, contrairement aux États-Unis : le programme du département américain de l’énergie « LED Lighting Facts » a pour objectif d’apporter aux décideurs politiques la garantie que les performances de l’éclairage électroluminescent sont connues avec précision lors de la commercialisation des produits. Un programme similaire pourrait être entrepris au niveau européen. C’est pourquoi l’association professionnelle Lighting Europe considère que franchir cet obstacle est une priorité absolue. Le 7 janvier 2015, elle a lancé un appel commun du secteur à l’action pour renforcer la collaboration européenne en vue de surveiller le marché de l’éclairage et d’y prévenir les distorsions.

Le deuxième obstacle est également un problème de politique publique (« Le manque de soutien de la part des politiques nationales »). Il pourrait être résolu en introduisant un plan de soutien financier pour les consommateurs qui adoptent des LED de conception écologique. Le programme californien appelé « Efficiency and Conservation Block Grant » a budgété un 33 millions d’euros destinés à 40 villes et arrondissements pour soutenir des projets éco-énergétiques d’amélioration de l’éclairage des rues et des parkings. En Europe, des initiatives similaires ont été lancées comme le projet DOLL au Danemark, présenté dans un autre article de ce blog.

européennes ». La création de mécanismes de certification forts permettrait de lutter contre cette concurrence déloyale tout en renforçant les normes sur les produits LED commercialisés sur le marché européen. Par exemple, autoriser l’importation sur ce marché des seuls produits atteignant un certain niveau de performance écologique permettrait de protéger la santé et l’environnement, ce qui pourrait être considéré comme une barrière économique admise par l’OMC en vertu de ses exceptions à la libre circulation des biens. Le choix d’un service reposant sur une qualité élevée et sur le TCO (total cost of ownership) permettrait également aux entreprises européennes produisant sur le territoire de l’UE d’acquérir un avantage compétitif décisif sur les firmes non-européennes établies loin du marché local.

Un dernier exemple, qui illustre le quatrième obstacle, concerne la fragilité des circuits d’attaque des LED. Pour résoudre ce problème, les entreprises ont choisi de former leur personnel sur la manière de choisir des circuits d’attaque robustes et efficaces (autrement dit ceux qui offrent une longévité garantie d’au moins sept ans), tandis que d’autres ont décidé de fabriquer leurs propres circuits. Il est donc très important d’acquérir un savoir-faire sur la combinaison LED-circuit d’attaque. Des associations du secteur de l’éclairage ont commencé à s’attaquer à ce problème, du fait que les circuits d’attaque LED constituent un composant vital pour la qualité du système d’éclairage électroluminescent. L’association britannique LIA a, par exemple, publié un guide pour les intégrateurs et les fabricants de luminaires à base de LED, dans lequel elle donne des conseils sur les éléments à prendre en compte lors du choix d’un circuit d’attaque : est-il adapté à l’application ? À quelle tension de sortie fonctionne le circuit d’attaque ? Quels sont les critères d’efficacité de la solution LED ? Etc. Nous conseillons également aux entreprises LED de jeter un coup d’œil au guide de sélection des circuits d’attaque du CELMA, ou de participer à un programme de formation proposé par les associations du secteur, tel que le Cluster Lumière en France.

L’auteur de ce texte est Cédric Gossart – Maître de conférences à l’Institut Mines-Télécom/Télécom École de Management, où il coordonne le réseau de recherche TIC & Environnement. Il est responsable de la partie concernant les obstacles à l’éco-innovation du projet cycLED. Il apportera sa contribution à l’atelier « How to truly eco-innovate in the lighting industry? » le 11 février 2015 au cours d’une session interactive intitulée : « Eco-innovation barriers : How to overcome them? ».