Avec le gisement de plastique flottant sur les océans, fabriquer des produits vraiment durables

En vue de libérer les océans des matières plastiques à la dérive, le nombre d’initiatives se multiplient. Avec, en parallèle, une progression du nombre des applications qui, pour leur part, sont destinées à valoriser les produits de cette pêche peu appétissante. Toutefois, on constate que d’autre part le marché des biens de consommation s’ouvre de plus en plus aux produits réutilisables, fabriqués avec des composants biodégradables. Quelques exemples.

Aplanir les montagnes de détritus

Tout récemment, Boyan Slat, un scientifique néerlandais de 20 ans, a été récompensé par le prix “Champions of the Earth” décerné par les Nations-Unies pour son invention qui vise à filtrer le plastique dans les océans. Boyan Slat a développé un système semblable à deux bras formant un V gigantesque flottant à la surface de l’eau, qui permet de capter les particules de plastique à la dérive et ainsi de les récupérer plus facilement. Via une source de financement participatif, le jeune scientifique a réuni les moyens financiers qui vont lui permettre d’améliorer les prototypes de son système, qui pourrait être opérationnel d’ici quelques années. Ce système devrait permettre, en l’espace d’une dizaine d’années, de débarrasser presque la moitié des déchets en plastique qui se sont accumulés dans l’océan Pacifique.

Recycler le plastique

Mais que faire avec les produits de cette pêche un peu particulière tout de même ? Eh bien, on devrait les recycler,… Il semble d’ailleurs que c’est effectivement à l’ordre du jour, comme en témoigne d’ailleurs toute une série de projets sans compter les nouvelles initiatives qui viennent s’y ajouter. C’est ainsi que, par exemple, Raw for the Oceans est un projet collectif qui se propose de transformer le plastique récupéré dans les océans pour en faire des fibres synthétiques qui serviront à tisser une toile Denim pour des vêtements mode. Le polyester et le nylon sont fabriqués avec les déchets provenant des produits industriels finalement jetés à la poubelle par les consommateurs, par exemple, les bouteilles PET, les vêtements en fibres synthétiques, ou les filets de pêche en nylon.

De son côté, l’entreprise Interface, fabricant de revêtements de sol, une authentique référence dans la mise en oeuvre de l’économie circulaire, a développé en partenariat avec la Zoological Society of London, des dalles de revêtement synthétique fabriquées avec des filets de pêche recyclés. Le projet - Net-Works – utilise non seulement le matériau qui encombre les eaux et le littoral des Philippines, mais en plus cette initiative a permis de générer des emplois dans les petits villages de pêcheurs. La population locale ramasse les débris de filets de pêche qui jonchent les plages à marée basse, et l’entreprise les achète pour les transformer en dalles.

Antérieurement, l’entreprise s’était déjà engagée dans la construction d’un voilier fabriqué intégralement avec des recyclats provenant des bouteilles ou d’autres produits en plastique. Ensuite, ce bateau a mis le cap sur l’océan Pacifique, longeant pendant son périple la “Great Pacific Garbage Patch”, et cela pour démontrer le potentiel et la valeur des produits fabriqués en plastique, considérés comme des produits “jetables”.

 

 

Eviter les matières plastiques non recyclables

Et puisque chacun sait que “prévenir vaut mieux que guérir”, on commence à trouver de plus en plus sur le marché des produits durables, visant à éviter la production de déchets, et cela en favorisant autant que possible la récupération ou l’allongement de la durée de vie; c’est le cas des bouteilles en plastique ou bien de la brosse à dents intelligente fabriquée par Goodwell Company. Avec ce modèle de brosse à dents, l’entreprise veut réagir face à la masse considérable des brosses à dents dites “jetables” qui s’accumulent au fil des années dans les mers et les océans. Les brosses à dents de la nouvelle génération sont fabriquées en matériaux durables : aluminium de qualité chirurgicale, bambou composite biodégradable et Binchotan, une fibre à base de charbon de bois.

Cette brosse à dents équipée d’un manche en aluminium est prévue pour durer toute une vie, les éléments sont fabriqués avec un matériau composite biodégradable, parmi lesquels on trouve également un porte-fil à dents et un racloir, qu’il faut nécessairement remplacer après quelques mois d’utilisation pour une raison d’hygiène. Après la phase d’utilisation, puisqu’ils sont biodégradables, les composants peuvent être mis sur le tas de compost, tout simplement. Les pièces de remplacement sont disponibles via un service d’abonnement. Les poils de la brosse sont fabriqués en Binchotan, une fibre à base de charbon de bois, également biodégradable, aujourd'hui surtout utilisée au Japon et particulièrement intéressante pour la production des brosses à dents : non seulement cette fibre a des propriétés désodorisantes, mais elle contribue à éviter que les poils de la brosse ne se transforment en nids à virus et bactéries.

De plus, s’agissant des accessoires, les données de la conception assistée par ordinateur sont en accès libre, ce qui permet aux utilisateurs du site de développer leurs propres solutions et de partager leurs idées de conception de produits. Pour la brosse à dents, il existe même un système de traçabilité en préparation, dont les données pourront être synchronisées via un site web et, ultérieurement, via l’appli Apple Health. Cette brosse à dents est accompagnée d’une garantie à vie.

Souvent également, la pâte dentifrice (et autres produits de soins corporels) contiennent du microplastique. A l’heure actuelle, l’utilisation est d’ores et déjà prohibée dans quelques Etats fédérés aux Etats-Unis, notamment dans l’Illinois; dans d’autres Etats, la procédure législative pour décréter une interdiction à ce sujet est en cours, par exemple dans l’Ohio. Le microplastique se réfère aux particules synthétiques (PE) ayant un effet décapant ou abrasif. Pour l’instant, on dénombre dans le commerce plus d’une centaine de produits contenant ce genre de particules, et un seul pot de 125 ml de crème dermatologique pour le visage peut contenir quelque 356.000 'microbilles'. Ces particules ne sont pas biodégradables et elles sont souvent à ce point minuscules que les stations d’épuration d’eau ne parviennent pas à les retenir, d’où leur accumulation dans les cours d’eau, dans les lacs, et finalement dans les mers et les océans. Il semble que ces particules provoquent l’obstruction des voies digestives chez les oiseaux et les poissons, et qu’elles concentrent les polluants, qui finissent par se propager tout le long de la chaîne alimentaire. Ces particules sont à ce point ténues, qu’elles peuvent même se diffuser jusque dans le plancton.

Quelques producteurs d’envergure se sont déjà déclarés prêts à cesser l’utilisation du plastique en microparticules dans leurs procédés de fabrication, et de ne plus les ajouter dans la formulation de leurs nouveaux produits, éventuellement en les remplaçant par des solutions équivalentes, mais alors biodégradables. Toutefois, il faudra sans doute quelques années avant que les produits dommageables ne finissent par disparaître des étalages.

Vous souhaitez en savoir plus sur l’économie circulaire? Pendant l’atelier ‘How to truly eco-innovate in the lighting industry? organisé le 11 février, l’un des plus éminents conférenciers, Anton Brummelhuis, Senior Director Sustainability chez Philips, présente ce concept de manière détaillée dans son exposé 'From design for recycling to circular economy strategy at Philips'.